lundi 23 octobre 2017

nous approchons des limites de la croissance

Un article de 2014 compare les perspectives du rapport du Club de Rome de 1972 (The Limits To Growth, Halte à la croissance ?) avec les données historiques. La conclusion est que les données historiques confirment le scénario "business-as-usual" du Club de Rome, et l'article s'intitule "is global collapse imminent?"

On peut trouver d'autres comparaisons :
2002 :

2014 :

A nous de décider si on veut que les courbes des années à venir suivent les prévisions pessimistes de 1972.

dimanche 22 octobre 2017

empreinte eau, alimentation et importations

De la même manière que les différents modes de vie ont des impacts carbone différents et que l'analyse des empreintes carbone permet de faire des choix pour minimiser notre impact carbone, il peut être intéressant de parler d'empreinte eau.
L'empreinte eau est le volume d'eau virtuelle utilisée pour produire un produit ou un service. On distingue habituellement 3 catégories :
A titre d'exemple, un français utilise quotidiennement 4150 litres d'eau : 150 litres de consommation d'eau réelle, et 4000 litres d'eau virtuelle, celle qui a été utilisée pour produire son alimentation (3000 litres) et ses autres achats (1000 litres ) :
Voici ici ou quelques exemples des besoins en eau pour la production de biens.

On constate que l'alimentation représente la plus grosse partie de notre empreinte en eau : on peut donc choisir d'adapter son alimentation pour réduire son empreinte eau (à l'image de ce que l'on peut faire pour réduire son empreinte carbone) :
On retrouve des pistes comme réduire nos surconsommations en glucides et protéines, rééquilibrer le rapport entre protéines animales et protéines végétales, réduire sa consommation de viande. Ce mouvement est déjà en cours, probablement initié par le coût de la viande :

Pour la consommation d'eau comme pour les émissions de carbone, les empreintes sont très différentes d'une zone géographique à l'autre, et les exportations jouent un rôle non négligeable :


lundi 19 juin 2017

fiscalité et long terme

L'Etat a tout intérêt à encourager l'épargne et l'investissement sur le long terme.
J'ai déjà repris plus tôt l'idée des Investissements à Très Long Terme (ITLT).
Afin de stabiliser l'épargne longue, Augustin de Romanet propose d'introduire dans notre droit fiscal la notion de safe harbour pour un certain volume d’épargne contractuelle de long terme, avec un engagement ferme de l'Etat de ne pas modifier le régime fiscal et social des fruits de cette épargne pendant la durée du contrat. Les mécanismes fiscaux facilitant la stabilisation de l'épargne longue sont justifiés: ils viennent récompenser la patience des investisseurs, et encourager les actionnaires patrimoniaux plutôt que les actionnaires spéculatifs.

Certains groupent cotés en Bourse versent d'ailleurs de primes de fidélité ou attribuent de actions gratuites à leurs actionnaires privilégiant les placements à long terme.

PIB : série longue et projection

Angus Maddison cite dans son étude L'économie mondiale : une perspective millénaire  (OCDE, Etudes du centre de développement, 2011) les chiffres suivants :
entre l'an 0 et l'an 1000, le PIB mondial est resté pratiquement stable, autour de 110 milliards de dollars (valeur 1990). entre l'an 1000 et 1820, la croissance du PIB est de l'ordre de 0.22% par an. Entre 1820 et 1998, la croissance économique est de 2.2% par an en moyenne, avec un pic à 5% par an en France pendant les 30 glorieuses.

Ce que l'on retrouve dans cette brève histoire de la croissance.
Pour répondre à la question "quels facteurs de long terme sont générateurs d’une croissance du PIB ?", Damian-Skott ne retient que l'augmentation de la population et les gains de productivité.
Pour ma part je suis convaincu depuis longtemps que la croissance du PIB de ces dernières décennies est liée essentiellement à l'exploitation bon marché des énergies fossiles, ce que j'avais concrétisé en dissociant le PIB en une composante énergétique et une composante humaine.

Nicolas Meilhan se demande "qui du PIB ou du pétrole est apparu en premier ? ", et son raisonnement se prolonge : le pétrole est notre principale source de croissance, il reste beaucoup de pétrole disponible, 
mais notre propension à le payer est limitée à 120$,
donc on laissera sous nos pieds le pétrole à plus de 120$/baril en coût d'extraction, et la croissance diminuera.

le long terme

Je retrouve chez Augustin de Romanet le besoin de retrouver une vision de long terme, que je défends depuis longtemps.
Il pointe les dérives d'une société happée par la vitesse : politique avançant par à-coups médiatiques, finance avide de rentabilité immédiate, consommation frénétique érigeant en idole de biens brûlés le lendemain, emplois précaires, couples soumis aux rythmes changeants de désirs pressant et impérieux. La réaction publique se réduit trop souvent à une réaction publique.
Cette agitation permanente et frénétique du monde ne s'accompagne ni d'un désir ni d'une capacité à anticiper et à donner du sens à ce mouvement.
Jean-Louis Servan-Schreiber décrit ce phénomène avec une métaphore éloquente : "Nous sommes dans un bolide dont la portée des phares diminue en proportion de son accélération".
[...] dans notre rapport au temps, Augustin de Romanet voit la concurrence entre trois manières d'envisager l'avenir :
Pour les traditionalistes, qui se réclament d'une idéologie "passéiste", le futur n'existe n’existe qu'en tant que retour vers un passé idéalisé.
Pour les libéraux, partisans d'une idéologie "présentéiste", le futur est pensé comme un prolongement et un accroissement du présent.
Pour les révolutionnaires, qui développent une idéologie "futuriste", l'avenir ne peut être qu'un renversement radical du passé et du présent.

Entre ces trois approches, je souhaiterai voir émerger une approche équilibrée et responsable, dans laquelle des femmes et des hommes instruits de leur Histoire, de sa part d'ombre et de lumière, en paix avec leur présent et conscients des enjeux, pourront s'engager dans la construction d'un avenir durable, vers un société du "mieux" (et non du "plus").

crise

Certains s'en font leur fond de commerce, mais comme l'écrit Augustin de Romanet, une crise est avant tout un moment de choix, comme le rappelle l'étymologie : krino, en grec, signifie "juger".
La crise est un moment trop rare où il devient non seulement possible mais souhaitable de penser le monde différemment. L’imagination st réhabilitée. Loin d'être l'apanage des utopistes,elle apparaît comme une nécessité. [...] Nous voilà au cœur de la tourmente, obligés de réinventer en profondeur un système devenu source de graves déséquilibres.

Non aux 30 douloureuses

Lecture :

Augustin de Romanet retient ces 3 points de passage obligés :
* l'impact de la mondialisation qui s’inscrit comme une donné durable,
* une gouvernance européenne à construire, s'agissant en particulier de la politique monétaire,
* un poids de l'Etat et une situation de crise de la dette publique qui exigent une réduction de la dépense publique.
Michel Rocard en ajoute un quatrième : le pic pétrolier approchant, qui sonnera le glas de notre modèle de prospérité.

Ce livre passionnant déroule un programme dans lequel je me retrouve en grande partie :
* retrouver une vision de long terme, en privilégiant un Etat stratège qui ne se perd plus dans la gestion, (cela me parait indispensable pour aborder les enjeux énergétiques et climatiques, trop peu abordés dans ce livre),
* responsabiliser les dirigeants et rénover les institutions : renforcer l'équilibre des pouvoirs en faveur du Parlement, développer les contre-pouvoirs, renouveler et diversifier la "classe politique",
* gérer efficacement les ressources humaines de l'Etat et moderniser la gestion publique,
* remettre la finance au service de l'économie et du long terme, en reprenant le contrôle de la monnaie, en définanciarisant l'économie, en se désintoxiquant de la dette
* apprivoiser la mondialisation, en construisant une Europe politique, sociale et écologique, pour repartir à la rencontre du monde.